Le diabète n'est pas un long fleuve tranquille. Le blog de A.B.D - Le groupe des Personnes Diabétiques de Bruxelles hébergé Eklablog
Le diabète en gynécologie hospitalière
J. Karsegard, J. Philippe
Unité de diabétologie clinique
Département de médecine interne - HUG
Pour un gynécologue hospitalier, l'abord de la patiente diabétique s'inscrit essentiellement dans 4 situations cliniques fréquentes:
Les situations obstétricales ne seront pas abordées. Le but de cette revue est de donner une information pratique et de consultation rapide. Elle n'est en aucun cas exhaustive, et traduit l'attitude de l'Unité de diabétologie de Genève, dont l'avis devra être demandé pour l'application de ces concepts généraux aux cas particuliers que représentent certaines, voire la plupart, des patientes.
Il est bien reconnu que la patiente diabétique présente souvent un risque anesthésique et chirurgical élevé. Ceci tient essentiellement à une prévalence plus élevée de maladies cardio-vasculaires, d'insuffisance rénale, de rétinopathie et de neuropathie, en particulier autonome, dans cette population par rapport à une population non-diabétique du même âge. La prise en considération de ces éléments est essentielle pour minimiser les risques et optimaliser la prise en charge durant l'hospitalisation.
On peut séparer l'hospitalisation en 4 phases marquées par des objectifs différents:
Elle a pour but de rechercher et de traiter les pathologies augmentant la morbidité et la mortalité anesthésiques et chirurgicales des diabétiques.
Quelles informations doit-on obtenir ?
1. Le type de diabète est important à connaître.
Un diabète de type I est insulino-dépendant, ce qui signifie que l'insuline ne doit jamais être stoppée. Généralement plus instable que le type II, il rend la prise en charge plus difficile, surtout en période de stress opératoire, d'état catabolique, de problèmes dans la prise alimentaire, etc.
La prise en charge d'un diabète de type II insulinotraité est similaire à celle du diabète de type I, bien que généralement plus simple en raison de la persistance d'une sécrétion d'insuline endogène. Les problèmes rencontrés proviennent le plus souvent des complications associées, car le fait d'être traité par insuline témoigne souvent d'une longue évolution du diabète (avec évolution progressive vers une insulinopénie), parfois d'un excès de poids important (rendant le traitement par ADO insuffisant pour contrôler les glycémies) ou de la présence de complications sévères, en particulier sur le plan rénal (contre-indication à un traitement oral). La gestion péri-opératoire se fera par un traitement intra-veineux dans la majorité des cas.
Un diabète de type II bien contrôlé sous ADO ou régime seul peut se déséquilibrer en période péri-opératoire, mais représente un diabète généralement stable et facile à régler.
2. La durée d'évolution du diabète permet de suspecter certaines caractéristiques cliniques du diabète:
Les complications chroniques augmentent en fréquence avec la durée d'évolution: il faut les rechercher avec d'autant plus d'attention qu'elles sont la cause de l'augmentation de la morbidité et de la mortalité péri-opératoires.
L'équilibration du diabète devient souvent plus difficile après une longue évolution, ce qui rend le risque de déséquilibre péri-opératoire plus grand.
3. Evaluation de l'équilibre chronique du diabète:
Elle est évidemment capitale pour juger de l'opérabilité de la patiente! En effet, un diabète mal contrôlé représente déjà un état catabolique, auquel va se superposer l'état de jeûne. Le stress lié à l'opération va aggraver cette situation, entraînant un déficit relatif en insuline et une augmentation de l'insulino-résistance, pouvant conduire à une hyperglycémie et une décompensation diabétique sévère avec des conséquences potentielles sur l'équilibre acido-basique et hydro-électrolytique.
Les moyens pour estimer l'équilibre métabolique chronique sont les suivants:
Pour donner des chiffres indicatifs concernant l'interprétation de l'HbA1c, un taux:
Le profil glycémique depuis l'admission, permet de juger de la nécessité de modifier le traitement en vue de l'intervention.
Quelles glycémies faut-il demander ?
En vue d'une intervention, il faut idéalement que la glycémie à jeun soit < à 8 mmol/l.
4. Evaluation des complications chroniques du diabète:
Les complications chroniques du diabète (macro- et micro-angiopathiques) représentent une cause d'intervention chirurgicale fréquente (pontages coronariens, autres opérations vasculaires, amputations, interventions ophtalmologiques,...), et entraînent une augmentation de la morbidité et mortalité anesthésiques et chirurgicales. Avant toute intervention, il faut donc soigneusement évaluer et rechercher:
Pour les diabétiques de type I et de type II insulino-traités, un régime fractionné sur le plan du contenu en hydrates de carbonnes en 3 repas et 3 collations, le plus proche possible des habitudes de la patiente est indiqué.
Pour les diabétiques de type II sans insuline, un régime équilibré est suffisant.
L'avis de la diététicienne est toujours utile, afin d'évaluer ce que fait la patiente, d'adapter son alimentation durant le séjour et de lui dispenser un enseignement adéquat.
L'apport calorique à prescrire peut être évalué pour une femme sédentaire (hospitalisée) et stable sur le plan clinique à 20-25 kcal/kg.
Pour la femme obèse (poids >20% du poids idéal) ou très amaigrie (poids <20% du poids idéal), on calcule un poids "cible", qui est la moyenne entre le poids actuel et le poids idéal.
Le poids idéal (PI) peut s'évaluer par la formule:
taille (en cm) - 100
(qui est une simplification de la formule de Lorentz)
Exemple: femme 80 kg pour 160 cm
Le contrôle glycémique à l'admission est le mieux apprécié par la glycémie à jeun (idéalement <8 mmol/l), et les glycémies post-prandiales (<12 mmol/l). Ces chiffres sont indicatifs, et doivent être interprétés de cas en cas.
Si ces taux ne sont pas obtenus, un changement de traitement doit être envisagé avant l'intervention.
Pour rééquilibrer rapidement et facilement un diabète, le meilleur moyen est d'introduire une insulinothérapie chez les patientes sous régime seul ou sous ADO, ou bien sûr d'adapter le traitement insulinique en cours.
Le but du traitement est d'éviter l'hypoglycémie, l'hyperglycémie importante, et de prévenir un état catabolique marqué et les perturbations hydro-électrolytiques potentielles.
On cherche donc le meilleur équilibre glycémique possible sans hypoglycémie. Un objectif glycémique entre 7 et 10 mmol/l, avec une surveillance glycémique rapprochée, permet d'éviter les complications liées à l'hypo- ou l'hyperglycémie.
Les recommandations pratiques sont:
Diabète de type I
Diabète de type II sous insuline
1. jeun de courte durée (jusqu'à midi):
2. jeun prolongé au delà de midi:
DM II sous ADO:
Diabète de type II sous régime seul:
On donne en général simplement une perfusion de glucose 5%, dont le débit est adapté en fonction de l'évolution des glycémies faites toutes les heures. En cas de déséquilibre glycémique, on applique les solutions proposées au paragraphe précédent.
5. Education avant le retour à domicile
Bien qu'une hospitalisation dans un contexte chirurgical ne soit certainement pas le moment le plus propice pour une éducation sur le plan diabétologique, il vaut la peine d'évaluer les lacunes et de tenter de combler les plus importantes au mieux.
Les points à évaluer en priorité sont:
Tableau 1: Evaluation pré-opératoire d'un diabète
| Eléments à évaluer |
Moyens pour l'évaluation |
| Type de diabète | anamnèse/status/dossier |
| Durée d'évolution | anamnèse |
| Equilibre du diabète | |
|
chronique |
auto-contrôle glycémique au domicile Hb glyquée (A1c) |
|
aigu |
glycémies à l'hôpital |
| Complications chroniques | |
|
macroangiopathie |
évaluer facteurs de risques cardio-vasculaires examen clinique vasculaire ECG bilan vasculaire en fonction des résultats (test d'effort, US-doppler carotidien, bilan angiologique) |
|
microangiopathie |
rechercher ou surveiller une HTA urée et créatininémie clearance à la créatinine albuminurie de 24 heures bilan ophtalmologique |
|
neuropathie |
polyneuropathie périphérique (diminution sensibilité et ROT) autonome (cardiaque, gastrique, vésicale) |
Tableau 2: Gestion pré-opératoire d'un diabète
| Traitement |
Attitude |
| Régime |
évaluation des besoins (poids-taille-BMI) adaptation de l'alimentation aux habitudes prévoir consultation si nécessaire |
| Médicaments ou insuline | |
| si équilibre chronique suffisant | |
| glycémie à jeun < 8 mmol/l | maintenir même traitement |
| glycémie jamais > 12 mmol/l | stopper Glucophage® 48 heures avant opération |
| HbA1c < 7.5% | remplacer sulfonylurées de longue durée d'action |
| si équilibre chronique moyen | |
| glycémie à jeun 8 à 10 mmol/l | dépend du type d'intervention |
| glycémie parfois > 15 mmol/l | généralement introduction d'insuline si traitement par régime ou ADO; sinon adaptation des doses d'insuline |
| HbA1c entre 7.5 et 9 % | stopper les ADO comme ci-dessus |
| si équilibre chronique mauvais | |
| glycémie à jeun >10 mmol/l | adaptation du traitement nécessaire en pré-opératoire |
| glycémie souvent > 15 mmol/l | introduction d'insuline comme ci-dessus |
| HbA1c entre > 9 % | stopper les ADO comme ci-dessus |
Tableau 3: Gestion pré-opératoire d'un diabète
| Type de diabète | Attitude | ||
| le soir avant | le matin opératoire | ||
| Chirurgie courte/mineure | Chirurgie longue/majeure | ||
| Diabète insulino-traité |
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| équilibré |
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ou
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ou
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| Diabète non-insulino-traité |
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| équilibré |
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si glycémies insuffisantes
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si glycémies insuffisantes
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| Diabète non équilibré |
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La grossesse d'une femme diabétique représente un risque augmenté, tant pour la mère que pour son enfant.
La "programmation" de la grossesse permet d'en réduire les risques par:
Ce texte ne comporte que les aspects diabétologiques à surveiller. La surveillance et le bilans réguliers sur le plan gynécologique et obstétrical ne sont pas abordés, de même que les problèmes psychosociaux liés à la grossesse d'une patiente diabétique.
Un équilibre glycémique optimal doit être obtenu avant la conception. En effet, l'hyperglycémie durant les premières semaines de grossesse, qui correspondent à l'organogenèse, entraîne un taux de malformations nettement augmenté. L'objectif est d'obtenir le meilleur contrôle possible des glycémies attesté par l'auto-contrôle glycémique pratiqué régulièrement et surtout l'HbA1c, dont la valeur doit être la plus basse possible, et au maximum de 7.0 % (idéalement aux alentours de 5.5 à 6 %).
Pour atteindre cet objectif, il est généralement nécessaire de renforcer les connaissances de la patiente, en particulier sur le plan diététique et sur l'adaptation du traitement insulinique, qui doit généralement être optimalisé en augmentant le nombre des injections (en général 4 à 5/jour) ou en passant à un traitement par pompe sous-cutanée. L'auto-contrôle glycémique doit être effectué environ 6 fois/j, pour pouvoir ajuster le traitement insulinique. Le suivi diabétologique doit impérativement être effectué avec le diabétologue.
Bilan des complications chroniques du diabète:
La prise en charge pré-conceptionnelle doit être effectuée sous couverture d'une contraception efficace.
Idéalement, la discussion par rapport à une future grossesse est une démarche qui doit venir du médecin; l'information devrait être donnée progressivement dès que la patiente arrive en âge de procréer. Une grossesse avec ses implications doit ainsi être évoquée régulièrement lors des consultations.
La patiente doit être référée rapidement auprès d'un diabétologue ayant une expérience dans le suivi de la grossesse de patientes diabétiques. La prise en charge de telles patientes doit être multidisciplinaires, nécessitant de nombreux intervenants (gynécologue, obstétricien, sage-femme, diabétologue, infirmière spécialiste de diabétologie, diététicienne, ophtalmologue, et autres en fonction des problèmes cliniques).
La situation de la femme diabétique de type II est identique. Les anti-diabétiques oraux doivent être interrompus avant la conception et peuvent être remplacés soit par un régime seul si les glycémies obtenues sont satisfaisantes, soit, le plus souvent, par un traitement insulinique. Si le régime seul devait suffire au départ, la patiente doit être informée qu'un traitement insulinique deviendra nécessaire au cours de la grossesse. L'éducation est aussi importante que pour la patiente diabétique de type I, et l'enseignement doit être entrepris avant la conception.
Comme discuté dans le chapitre précédent, une grossesse chez une femme diabétique doit être programmée, car les conséquences tant médicales que sociales d'une grossesse imprévue sont importantes. Le chapitre précédent détaille les conditions requises sur le plan diabétologique pour pouvoir mener une grossesse à terme avec le maximum de chances de succès.
La contraception est donc un aspect important à discuter avec la femme en âge de procréer pour éviter une grossesse qui débuterait dans des conditions médico-sociales défavorables.
Il faut conseiller des méthodes de contraception réputées fiables, et il n'y a, comme pour les femmes non-diabétiques, pas de méthode qui soit adaptée à toutes les femmes. De plus, il faut reconnaître que toutes les méthodes les plus fiables comportent une part de controverse!.
Les préparations initiales, fortement dosées en oestrogènes, entraînaient une augmentation de la résistance à l'insuline. Les préparations actuelles peuvent être considérées comme pratiquement neutres sur le plan du métabolisme glucidique.
Les préparations combinées ou séquentielles ont un effet généralement peu important sur le métabolisme lipidique, ce qui n'est pas le cas des progestatifs seuls (diminution du HDLchol, augmentation des triglycérides), particulièrement les progestatifs avec activité androgénique.
Le risque thrombo-embolique est augmenté par les préparations combinées et séquentielles, mais probablement pas avec les progestatifs seuls. Il est encore augmenté par le tabagisme associé, par l'âge >35ans et l'HTA, et une CO ne devrait probablement pas être proposée à une femme présentant une de ces caractéristiques.
C'est une méthode efficace, aussi bien chez la femme non-diabétique que diabétique, mais comportant un certain nombre d'effets secondaires pouvant être sérieux. Il est possible que la femme diabétique soit plus à risque de présenter des infections liées au stérilet (ceci n'a pas été clairement démontré).
Cette méthode est bien adaptée pour les femme plus âgées, ayant déjà eu des enfants, et informées des risques et bénéfices.
Leurs avantages résident dans l'absence de complications ou d'effets secondaires. Bien employées, elles ont une efficacité satisfaisante, avec malgré tout un taux d'échec non négligeable.
Il est utile de rappeler par ailleurs la protection qu'offre le préservatif contre nombre de maladies sexuellement transmises.
Elles ne sont pas recommandées, car le taux d'échec est trop important.
Aucune méthode n'est parfaite; le choix sera effectué en ayant évalué les avantages et les risques pour une patiente donnée. Chez la diabétique jeune, on favorisera l'utilisation d'une contraception orale par une préparation faiblement dosée (<35ug d'oestrogène) combinée ou séquentielle. Chez la femme plus âgée, l'utilisation d'un dispositif intra-utérin pourrait être préférable.
La stérilisation représente une solution à envisager, pour l'un ou l'autre membre du couple, une fois le nombre d'enfants désirés atteint..
Longtemps, la femme diabétique a été exclue du traitement substitutif de la ménopause en raison des effets secondaires des oestrogènes. Aujourd'hui, avec les nouvelles préparations, l'attitude a radicalement changé.
En effet, si la femme diabétique présente les mêmes problèmes en relation avec la déprivation hormonale que les femmes non-diabétiques, elle est bien plus menacée par les maladies cardio-vasculaires, qui représentent par ailleurs la première cause de mortalité chez la femme dans les pays industrialisés.
L'élévation du risque cardio-vasculaire par le diabète est encore augmenté par les effets délétères de la ménopause sur les métabolismes gluco-lipidiques. Les changements induits sont liés à la disparition de la sécrétion des hormones ovariennes elles-mêmes, mais d'autres causes ont été impliquées comme une prise pondérale et une réduction de l'activité physique. L'augmentation du risque cardio-vasculaire après la ménopause ne peut donc pas être incriminée aux seuls changements hormonaux. Ceci implique que, si l'effet bénéfique sur le plan vasculaire du traitement hormonal substitutif est aujourd'hui bien établi, la prévention cardio-vasculaire d'une femme ménopausée, diabétique ou non d'ailleurs, doit tenir compte de l'ensemble des facteurs influençant le développement de l'athérosclérose et de l'insuffisance coronarienne tels en particulier le tabagisme et l'hypertension artérielle.
Ménopause et métabolisme glucidique
Les changements hormonaux qui caractérisent la ménopause ne jouent probablement pas un rôle défavorable sur la tolérance au glucose. Ces hormones sont au contraire hyperglycémiantes, comme en témoigne leurs rôles diabétogènes dans la grossesse.
En revanche, la ménopause s'accompagne souvent d'autres facteurs défavorables sur le contrôle d'un diabète, tels la sédentarité et l'excès pondéral, qui favorisent une augmentation de la résistance périphérique à l'insuline. Le rôle de l'hyperinsulinisme sur le risque cardio-vasculaire reste encore très débattu.
Ménopause et métabolisme lipidique
Avec la ménopause, on observe des modifications pouvant toucher toute les fractions lipidiques. Ces changements sont essentiellement attribués à la diminution des taux d'oestrogènes.
Le cholestérol total s'élève avec l'installation de la ménopause, lié à l'élévation du LDLcholestérol, secondaire à une diminution de l'activité des récepteurs cellulaires aux LDLs. Les particules LDL sont catabolisées moins rapidement, expliquant l'élévation de leur taux plasmatique, et celui du cholestérol.
Les modifications du taux de HDL cholestérol sont moins clairement établies; d'une manière générale, leur taux diminue avec l'âge et après la ménopause. Le HDLcholestérol est par ailleurs souvent bas chez la femme diabétique, secondairement à l'élévation des triglycérides.
L'élévation des triglycérides est rare chez la femme avant la ménopause, sauf lorsque l'origine est génétique ou dans des situations cliniques particulières comme le diabète ou certains médicaments. La ménopause provoque une augmentation du taux des triglycérides, qui est favorisée par certains facteurs comme l'obésité, un déséquilibre alimentaire (qui va souvent de pair), la sédentarité, une dysthyroidie, fréquemment retrouvés dans la population générale, et encore plus chez les diabétiques.
L'illustration la plus caricaturale de cette situation clinique est le syndrome X, ou syndrome plurimétabolique, associé à un risque cardio-vasculaire augmenté.
Les oestrogènes exerceraient leurs effets bénéfiques directement sur la paroi des vaisseaux et indirectement par les modifications du profil lipidique.
Le rôle protecteur principal serait lié à un effet direct sur l'endothélium, par une action vasodilatatrice qui dépend de leur interaction avec les récepteurs oestrogéniques. Un rôle sur le plan de la thrombogénèse est également vraisemblable, peut être au travers d'une diminution des taux de LDL peroxydés.
Sur le plan des lipides, les oestrogènes exercent leurs effets bénéfiques en réduisant le taux du LDL cholestérol par une augmentation du catabolisme (augmentation de la synthèse des récepteurs LDL). Cet effet est surtout marqué lors de l'administration par voie orale, dépend de la dose administrée, et reste significatif bien que moins marqué, lors d'administration par voie transdermique.
Le taux de HDL cholestérol est également augmenté, surtout la sous-fraction HDL-2, qui aurait un rôle particulièrement favorable sur le plan vasculaire. L'augmentation du HDL est moins liée à la dose d'oestrogènes orale, et le taux est peu influencé lors de l'administration transdermique.
L'abaissement du LDLcholestérol et l'augmentation du HDLcholestérol rend compte de l'amélioration des rapports athérogènes quelle que soit la voie d'administration choisi.
Ces effets favorables sont accompagnés d'une augmentation du taux des triglycérides par stimulation de leur production hépatique. L'augmentation des triglycérides et des VLDL est proportionnelle à la dose d'oestrogène administrée par voie orale, et peut être minimisée en utilisant des doses faibles. L'administration par voie transdermique n'a qu'un effet minime sur le taux de triglycérides. Cet aspect doit être particulièrement surveillé chez les diabétiques dont le taux de triglycérides de base est souvent élevé.
L'administration concomitante de progestérone tend également à réduire l'effet bénéfique des oestrogènes en atténuant l'augmentation du HDL cholestérol et la diminution du LDL cholestérol par rapport aux patientes traitées par oestrogènes seuls.
Le mode d'administration, la dose et le type de progestatif (importance du caractère androgénique) semble avoir un rôle important dans l'effet sur le profil lipidique.
Il est actuellement encore difficile d'évaluer les conséquences sur le système cardio-vasculaire du caractère non-physiologique de l'administration orale de progestérone. En cas d'hystérectomie, on sera amené à envisager un traitement oestrogénique seul.
La substitution hormonale post-ménopausique exerce les mêmes effets bénéfiques classiques chez les patientes diabétiques que dans la population générale. De plus, l'effet favorable au niveau des vaisseaux rend compte d'une indication encore plus marquée chez les patientes au risque cardio-vasculaire augmenté, en prévention secondaire et chez les diabétiques qui présentent un LDL cholestérol élevé ou un HDL cholestérol diminué (rapport cholestérol total/HDLcholestérol >5).
Avant d'entreprendre la substitution hormonale, un bilan lipidique de base doit être déterminé, avec mesure du cholestérol total, du HDLcholestérol et des triglycérides. Il est préférable d'avoir 2 ou 3 prélèvements de départ, pour confirmer la constance de l'anomalie lipidique avant la mise en route du traitement.
L'effet favorable pourra être réévalué après 3 à 6 mois d'hormonothérapie. Une hypertriglycéridémie peut s'aggraver avec le traitement oestrogénique, et représente alors une contre-indication à la poursuite du traitement per os: la voie transdermique permettra alors d'éviter cet effet indésirable.
Les contre-indications au traitement substitutif sont peu nombreuses, et relativement controversées. Il s'agit d'une hypertriglycéridémie, d'antécédents de maladies thrombo-emboliques et de cancer du sein particulièrement chez les patientes avec des antécédents familiaux.
Le choix des schémas de traitement dépend de la situation clinique de départ et des objectifs. Idéalement, les progestatifs doivent être associés aux oestrogènes sauf en cas d'hystérectomie. La voie transdermique sera préférée à la voie orale pour les oestrogènes, car la dose administrée est environ 10 fois moindre et que le foie est épargné. En cas d'élévation des triglycérides avec le traitement oestrogénique per os, la voie transdermique est indiquée. La progestérone par voie orale pourrait diminuer le bénéfice des oestrogènes; il faut donc donner la dose la plus faible possible tout en restant efficace sur l'utérus. Un traitement discontinu, 12 jours par mois, sera préféré au traitement continu, sauf si on veut éviter un retours des menstruations. La voie d'administration vaginale peut être une alternative satisfaisante, permettant d'obtenir les effets bénéfiques au niveau utérin en minimisant les effets systémiques ou hépatiques.
http://www.gfmer.ch/Presentations_Fr/Diabete_gynecologie.htm