Le diabète n'est pas un long fleuve tranquille. Le blog de A.B.D - Le groupe des Personnes Diabétiques de Bruxelles hébergé Eklablog
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L’INSULINE
FAIT-ELLE GROSSIR ? Pr. Gérard SLAMA |
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Rappel des bases physiopathologiques sur lesquelles établir une revue critique du problème.
Ces fait sont brefs et bien établis; ils sont au nombre de trois:
2 - En cas de carence profonde en insuline, on constate un catabolisme accéléré dans les trois grands métabolismes, ce qui
s’accompagne d’une fonte de la masse grasse et de la masse maigre musculaire, donc d’un amaigrissement. La perte de poids est très rapide et très rapidement corrigée par l’insuline
exogène, le poids étant restitué à l’état antérieur.
3 - Concernant maintenant l’évolution du poids corporel dans les populations, on sait qu’après une diminution rapide dans les
toutes premières années de la vie, le BMI moyen (Index de Quetelet = Poids/Taille2) augmente aussi bien chez l’homme que chez la femme entre 18 et 70 ans (1). En d’autres termes, prendre
du poids est un phénomène peut-être regrettable mais qui semble physiologique. En outre, on assiste au fil des décennies à une augmentation de la masse grasse par rapport à la masse
maigre, c’est-à-dire à la masse musculaire qui diminue. En d’autres termes, les sujets ont tendance à engraisser, même à poids constant, a fortiori à poids croissant.
Qu’est-ce qui a amené tant de médecins (et de patients) à penser que l’insuline fait grossir?
Les arguments sont multiples:
- Le premier a déjà été signalé: lorsque l’on corrige une carence insulinique profonde par de l’insuline exogène, la reprise de
poids est spectaculaire, 10 kg perdus peuvent être repris en 2 ou 3 semaines. Ceci concerne les diabétiques insulinodépendants (type 1). - Tout aussi caricaturale est la prise de poids souvent observée à la mise à l’insuline des diabétiques non insulinodépendants, nous y reviendrons en détail.
- Il est indiscutablement des cas de diabétiques insulinodépendants qui deviennent obèses, ils sont relativement peu
fréquents.
- Ne parlons pas de ce qui est néanmoins resté en mémoire.
- Il est habituel de dire que dans les hypoglycémies organiques par tumeur b langerhansienne le patient finit par prendre 2 ou 3
kg quand il comprend ou apprend que les prises glucidiques fréquentes, c’est-à-dire les prises alimentaires fréquentes, préviennent les hypoglycémies les plus graves.
A côté de ces faits d’observation indiscutables mais qui demandent interprétation, il existe un certain nombre d’autres éléments
qui ont conduit à la confusion dénoncée :
- Quelques diabétiques jeunes, en particulier des adolescentes, ont depuis longtemps remarqué que se faire une dose minimale
d’insuline permet de contrôler son poids (sans prendre la mesure que cette manipulation se fait au détriment de la glycémie avec un risque accru de complications de micro et de
macroangiopathie sévères). On peut dire a contrario que les patientes et patients qui se font plus d’insuline, en réalité se soignent mieux, sont plus gros.
- Ce comportement pathogène est facilité par l’obsession de la minceur que l’on rencontre dans notre société et qui touche
particulièrement les femmes et particulièrement les femmes jeunes et les adolescentes. Ce comportement va de paire avec les troubles du comportement alimentaire fréquemment rencontrés
dans ces populations. Il est peut-être également entretenu chez certains patients par la peur panique de l’hypoglycémie qui entraîne parfois des compulsions alimentaires inadaptées mais
irrépressibles, qui pourraient conduire à une prise de poids ... si la manipulation de l’insuline ne l’empêchait ! Cette manipulation perverse de l’insuline peut être assimilée d’une
certaine façon à un trouble du comportement alimentaire. La peur panique de l’hypoglycémie peut en revanche conduire à utiliser des doses infraphysiologiques d’insuline.
A côté des points ci-dessus, quels sont les faits mesurés ?
Dans l’étude dite UKPDS (3) sur la prise en charge des diabétiques de type 2 au début de leur affection, le groupe traité par
insuline d’emblée, mais aussi le groupe traité par des stimulants de l’insulinosécrétion à savoir les sulfamides hypoglycémiants, ont pris significativement plus de poids que les patients
traités par régime seul ou par metformine, en notant bien que tous les groupes ont pris significativement du poids en 15 ans. La prise de poids moyenne en 15 ans a été :
En revanche, on peut citer au moins 2 arguments pour montrer que l’insuline ne fait pas grossir, en particulier l’étude dite du
Veterans Administration (VA CSDM) (4) qui a consisté à mettre à une insulinothérapie intensifiée des diabétiques non insulinodépendants. Les auteurs ont pu montrer qu’ils étaient capables
de normaliser totalement l’hémoglobine glyquée de ces diabétiques non insulinodépendants suivis de façon très intensifiée, avec un soutien psychologique, technique et diététique
intensifié : ces auteurs n’ont pas observé de prise de poids dans cette étude.
Un autre argument, qui est contre le rôle de l’insuline per se comme facteur d’obésité, est le très grand nombre de diabétiques
insulinodépendants qui « vivent dans l’hypoglycémie », en tout les cas font des hypoglycémies fréquentes et éventuellement sévères, sont souvent d’une très grande minceur. Il est
d’ailleurs établi que les hypoglycémies sont d’autant plus fréquentes que le sujet est mince (5).
MECANISMES MIS EN JEU DANS LA PRISE DE POIDS SOUS INSULINE.
CONCLUSIONS :
1) Quand une carence en insuline s’installe et s’accompagne d’une perte de poids, la correction de cette carence en insuline
s’accompagne d’une restitution pour revenir au statu quo ante. Il s’agit d’une prise de poids qui est une restauration d’un état pathologique qui est corrigé.
2) Dans le diabète non insulinodépendant, la surconsommation calorique est souvent compensée par la déperdition urinaire de
glucose. Ainsi des diabétiques non insulinodépendants qui auraient tendance à grossir davantage arrivent à maintenir leur poids du fait de cette « soupape » de « sécurité »(!). La mise
sous insuline, en faisant disparaître la glycosurie, démasque l’inadéquation du régime alimentaire et conduit à rétablir ce qui aurait été le devenir de ces patients s’ils n’avaient pas
été diabétiques et glycosuriques : prendre du poids (ce qu’ils avaient déjà fait avant de devenir diabétiques !). Dans ce dernier cas, l’insulinothérapie corrige enfin une situation
pathologique qui démasque une autre situation pathologique qui est l’obésité et son développement.
Nous serions donc tentés de répondre à la question «l’insuline fait-elle grossir?». Non: l’insuline fait prendre du poids
à ceux qui en ont besoin et à ceux qui sont doués pour prendre du poids et mangent ce qu’il faut pour en prendre. Tant que l’insuline ne leur est pas apportée, ou si l’insuline ne leur
est pas apportée en quantité adéquate (le premier cas concerne les diabètes non insulinodépendants très mal équilibrés pas encore mis à l’insuline, le deuxième cas correspond aux
diabétiques insulinodépendants et non insulinodépendants qui manipulent leurs doses d’insuline pour ne pas grossir), cette carence en insuline relative ou absolue masque la tendance à
grossir. La mise à l’insuline la révèle mais ne la crée pas.
En d’autres termes, l’insuline en quantité adéquate associée à un régime adéquat ne fait pas grossir ; en revanche trop manger ET
une quantité d’insuline adaptée font grossir.
BIBLIOGRAPHIE |
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