Le diabète n'est pas un long fleuve tranquille. Le blog de A.B.D - Le groupe des Personnes Diabétiques de Bruxelles hébergé Eklablog
La fibromyalgie, ou syndrome fibromyalgique, regroupe un ensemble de symptômes, et notamment une douleur chronique. En raison de difficultés de diagnostic et de prise en charge de cette pathologie, dont l’existence n’est pas toujours reconnue, la Haute Autorité de Santé fait le point dans un nouveau rapport.
Après des années de silence des autorités de santé face aux demandes des associations de patients, la Haute Autorité de Santé (HAS) a élaboré un rapport d’orientation de 124 pages, revenant en détails sur l’émergence de la fibromyalgie, son importance, sa prise en charge thérapeutique en France et dans d’autres pays. Basé sur une recherche documentaire poussée (rapports, recommandations, articles de synthèse, etc.), ce rapport s’est également appuyé sur des enquêtes pratiques et le témoignage de patients, recueillis via notamment l’association Fibromyalgie France.
La fibromyalgie se caractérise, selon ce rapport, par "des douleurs diffuses persistantes ayant un effet sur les capacités fonctionnelles, en les amoindrissant de manière variable selon les personnes et dans le temps". Le symptôme principal est la douleur chronique, qui est "diffuse, persistante, variable" et peut évoquer une hyperalgésie (sensibilité exacerbée à la douleur) ou une allodynie (baisse du seuil de sensibilité à la douleur).
La HAS s’appuie sur un rapport de
l’Académie de médecine de 2007 pour décrire plus précisément cette douleur : "La douleur,
toujours étendue et diffuse, peut débuter au cou et aux épaules, pour s’étendre ensuite au reste du corps, notamment, au dos, au thorax, aux bras et aux jambes. Elle est permanente mais aggravée
par les efforts, le froid, l’humidité, les émotions et le manque de sommeil, et s’accompagne de raideur
matinale. La distinction entre douleur articulaire et musculaire est d’autant plus difficile que les patients ont l’impression d’un gonflement des zones douloureuses et de paresthésies des
extrémités en l’absence de tout signe objectif d’atteinte articulaire ou neurologique".
Cette douleur chronique s’accompagne très fréquemment de fatigue chronique, de perturbations du sommeil, de troubles de la mémoire, de difficultés de concentration, d’attention, de troubles émotionnels (anxiété, dépression). Ces symptômes associés, qui peuvent mener à un repli sur soi, avoir des répercussions socioprofessionnelles et personnelles, avec une altération de la qualité de vie, se retrouvent également chez les patients avec une douleur chronique dont l’origine est mieux identifiée (arthrose, mal de dos, etc.).
Le diagnostic se fait donc devant cet ensemble de symptômes et leur retentissement, même si la physiopathologie de cette maladie n’est pas encore connue.
Faute d’avoir identifié l’origine de la fibromyalgie (si tant est qu’une origine commune soit identifiable…), il n’existe pas de traitement curatif (traitement de la cause), mais des traitements symptomatiques non spécifiques.
Après avoir analysé les prescriptions médicales (ordonnances) des médecins généralistes et rhumatologues, la HAS a constaté que les classes thérapeutiques les plus fréquemment prescrites (par 80 % des médecins concernés) sont :
Selon l’HAS, malgré l’absence de base de données aussi précises que les données issues de l’analyse des ordonnances, les traitements non médicamenteux proposés en cas de fibromyalgie sont "en premier lieu les psychothérapies (comprenant également psychothérapie de soutien, thérapie cognitive, thérapie cognitivo-comportementale…), la kinésithérapie, la rééducation et les massages".
La HAS souligne également que des approches spécifiques groupées, multidisciplinaires, ont déjà été mises en oeuvre, par exemple au CHU de Grenoble. La prise en charge comprend alors le traitement de la douleur, mais aussi réentraînement à l’effort, des conseils, des mouvements d’économie physique, de fractionnement des activités, de la balnéothérapie, du vélo, etc., avec un suivi de l’évolution des symptômes, le tout mis en place en lien avec le médecin traitant.
L’hypnose, l’acupuncture et autres techniques de relaxation ont également déjà été utilisés, selon l’analyse de la bibliographie effectuée par la HAS.
Même s’il n’existe pas à ce jour de prise en charge "scientifiquement validée et consensuelle" de la fibromyalgie, la HAS souligne l’importance de répondre à la douleur des patients. Sur la base de nombreuses expériences françaises et internationales, la HAS propose en synthèse :
- Un premier niveau d’interventions, avec des exercices, une éducation thérapeutique (prévention, recherche d’équilibre, activité physique, etc.), éventuellement une prise en charge psychologique et des médicaments symptomatiques ;
- Un deuxième niveau avec la mise en oeuvre d’interventions pluridisciplinaires, après demande d’avis spécialisé ou d’un centre de la douleur : en cas d’échec des mesures précédentes, plusieurs spécialistes peuvent combiner plusieurs traitements, proposer une éducation plus poussée, établir des liens avec la médecine du travail, etc.
De telles pistes s’articuleront peut-être un jour en recommandations ou consensus, du moins si la fibromyalgie devient une pathologie reconnue à part entière, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.
Jusqu’en 2006, la HAS rappelle que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) classait cet ensemble de symptôme de manière non spécifique, dans les maladies "rhumatismales non spécifiques" ou psychosomatiques. Mais depuis 2006, l’OMS reconnait la fibromyalgie comme une pathologie à part entière, en la classant parmi les maladies musculo-squelettiques et du tissu conjonctif.
En France, le rapport de l’Académie de Médecine précité de 2007 recommandait la prise en compte de ce syndrome, même s’il ne "correspond pas à une maladie" : "La Fibromyalgie correspond à une entité clinique, fonctionnelle, faite de douleurs diffuses chroniques apparemment inexpliquées. Ce syndrome ne correspond pas à une maladie mais doit être évoqué sans polémique sur sa nature, pour éviter les examens et traitements inutiles. Il ne peut être retenu qu’après avoir éliminé des pathologies organiques avec lesquelles il peut être confondu ou associé".
Toujours en France, en 2010, le rapport d’orientation de la HAS, objet de cet article, établit également une forme de reconnaissance de cette pathologie, de par son sérieux et ses objectifs d’orientation diagnostique et thérapeutique.
Autre reconnaissance de fait, les autorités de santé américaines (la Food and Drug Administration - FDA) ont donné une autorisation de mise sur le marché de plusieurs médicaments avec l’indication "fibromyalgie" : la prégabaline, la duloxétine et le milnacipran. A ce jour, les autorités européennes de santé n’ont pas accordé d’autorisation de mise sur le marché (ou de révision de l’AMM) à des traitements spécifiquement destinés à la fibromyalgie.
En conclusion, la fibromyalgie est un ensemble de symptômes dont l’origine n’est pas connue, n’est peut-être même pas tangible. Mais ce syndrome existe : l’OMS, l’Académie de médecine ou la HAS en tiennent compte, et cette dernière, après un gros travail de synthèse, propose une approche thérapeutique multiforme, au cas par cas, afin d’aider les personnes qui en souffrent à mieux vivre au quotidien avec leurs douleurs.
Dr Jean-Philippe Rivière, le 23 novembre 2010
Sources :
- "Syndrome fibromyalgique de l’adulte : rapport d’orientation", juillet 2010, téléchargeable en ligne
- "La fibromyalgie", rapport de l’Académie de médecine du 16 janvier 2007, Charles Joël Menkès et Pierre Godeau, Bull. Acad. Natle Méd., 2007, 191, no 1, 143-148, accessible en ligne
L’association Fibromyalgie France
Fibromyalgie : une maladie mystérieuse
Forum
Douleur et mal de dos
Forum
Problèmes ostéo-articulaires
Forum
Fatigue
Forum Fibromyalgie
http://www.doctissimo.fr/html/dossiers/fibromyalgie/14794-fibromyalgie-has.htm